Connaître l' abeille
Les abeilles (Anthophila) forment un clade d'insectes hyménoptères de la super-famille des Apoïdes. Au moins 20 000 espèces d'abeilles sont répertoriées sur la planète dont environ 2 000 en Europe et près de 1 000 en France métropolitaine. L'espèce la plus connue est probablement Apis mellifera, qu'on élève dans des ruches pour la pollinisation des cultures et la production de miel. Cependant, la majorité des espèces d'abeilles se nourrit du nectar des fleurs et ne produit pas de miel. À cause de la compétition, il y a aujourd'hui une nette surreprésentation des abeilles d'élevage au sein de la biodiversité holarctique[.
Les abeilles peuvent être classées selon leur mode de vie : domestiques ou sauvages, solitaires ou bien sociales, etc. Elles sont nettement distinctes des guêpes par leur morphologie et leur comportement, notamment leur alimentation. Les bourdons, en revanche, sont un groupe particulier d'abeilles. Plus de 80 % des espèces d’abeilles nichent ou hivernent sous terre.
L'humanité a colonisé la Terre en favorisant et diffusant très peu de variétés d’apidés, suscitant une compétition avec les abeilles locales, et les rendant vulnérables à certains parasites et pesticides. L'imaginaire collectif voit les abeilles comme des insectes sociaux, mais environ 90 % des espèces d'abeilles sont solitaires (et encore plus menacées que leurs homologues sociales). Comprendre et protéger cette diversité menacée est un enjeu entomologique majeur.
Les abeilles, et les autres espèces de pollinisateurs, sont actuellement gravement menacées, avec un taux d'extinction qui est « de 100 à 1 000 fois plus élevé que la normale », selon l'ONU.
Lors de la Journée mondiale des abeilles du 20 mai 2019, l'ONU a détaillé les principales causes du déclin des pollinisateurs : les pesticides, la monoculture, l'agriculture intensive, le changement climatique, le changement d'affectation des terres et la destruction des habitats.
Les races d'abeilles
- Abeille - en Europe Apis mellifera et plus largement Apidae ou Apis .
- Abeille africaine - voir Abeille jaune d'Afrique
- Abeille africanisée - voir Abeille tueuse
- Apis mellifera - voir Abeille européenne
- Abeille asiatique - voir Abeille indienne
- Abeille brune - voir Abeille européenne
- Abeille-caillou - Apis mellifera ligustica, Apis graeca et Apis italica (Nouvelle-Calédonie)
- Abeille carniolienne - Apis mellifera carnica
- Abeille caucasienne (en) - Apis mellifica caucasia
- Abeille charpentière
- Abeille commune - voir Abeille européenne
- Abeille cotonnière - Anthidium manicatum
- Abeille coucou ou Abeille-coucou
- Abeille coupeuse de feuille - Voir Abeille découpeuse
- Abeille découpeuse - Megachile .
- Abeille découpeuse de la luzerne - Megachile rotundata
- Abeille domestique - voir Abeille européenne
- beille euglossine - Euglossini
-
Abeille européenne - Apis mellifera
- Abeille à face jaune - voir Abeille plâtrière
- Abeille fouisseuse - Anthophora .
- Abeille géante - Apis dorsata
- Abeille indienne ou Abeille des Indes - Apis cerana
- Abeille italienne - Apis mellifera ligustica
- Abeille jaune ou Abeille jaune d'or - voir Abeille italienne
- Abeille jaune d'Afrique - Apis mellifica adansonii (syn. Apis mellifera adansonii)
- Abeille loup - Philanthus .
- Abeille maçonne - Osmia .
- Abeille masquée - voir Abeille plâtrière
- Abeille mellifique ou abeille mellifère - voir Abeille européenne
- Abeille à miel
- Abeille naine - Apis florea
- Abeille noire - Apis mellifera mellifera
- Abeille noire d'Afrique - Apis mellifica unicolor
- Abeille à orchidée - voir Abeille euglossine
- Abeille perce-bois - Xylocopa violacea
- Abeille plâtrière - Colletidae
- Abeille des ruches - voir Abeille européenne
- Abeille russe[réf. nécessaire]
- Abeille des sables - Andrenidae
- Abeille sans dard - Meliponini
- Abeille de la sueur - Halictidae
- Abeille des terres alcalines - Nomia melanderi
- Abeille tapissière - Megachilidae
- Abeille tisserande[réf. nécessaire]
- Abeille tueuse - hybride : Apis mellifera scutellata x Apis mellifera
- Abeille vraie - Apinae spp. ou uniquement genre Apis
- Abeille xylocope - voir Abeille perce-bois
Les races les plus utilisées en apiculture en France
Les variétés les plus utilisées en apiculture sont :
- La Buckfast, un hybride de multiples variétés sélectionnées
- Apis mellifera ligustica, l'abeille jaune italienne
- Apis mellifera carnica, l'abeille carniolienne
- Apis mellifera mellifera, l'abeille noire
- Apis mellifera caucasica, l'abeille du Caucase
L’ordre des Hyménoptères
Les abeilles mellifères sont des insectes qui font partie de l’ordre des hyménoptères au même titre que les fourmis, les guêpes, les bourdons et de nombreuses abeilles.
Les scientifiques ont décrit plus de 120 000 espèces d’hyménoptères au monde. Et de nombreuses espèces - peut-être plus d’un million - resteraient à découvrir. En France, ce n’est pas moins 8 000 espèces d’hyménoptères qui ont été répertoriées.
Le terme hyménoptères signifie “ailes membraneuses”. En effet, tous les hyménoptères possèdent deux paires d’ailes, bien que certaines espèces - ou certaines de leurs castes -puissent en être démunies. C’est le cas des fourmis par exemple, dont les individus non sexués ne possèdent pas d’ailes.
Les progrès de la biologie - notamment par l’utilisation de la biologie moléculaire qui étudie l’ADN du noyau des cellules, mais aussi des mitochondries - permettent d’affiner la classification des êtres vivants, et de valider ou non des hypothèses sur les liens de parenté
entre espèces ou groupes d’espèces.
Afin de bien comprendre la classification des animaux - et dans le cas présent des hyménoptères - il est important de se souvenir que chaque espèce est “rangée” dans des “ensembles” successifs de plus en plus précis.
Ce schéma ci contre représente d'une façon simplifiée l'imbrication de la classification. Mais toutes les unités taxinomiques n'y sont pas représentée
Credit Michel Dupuyoo
En taxonomie, l’unité de base est l’espèce, mais ce n’est pas la plus petite puisqu’on connaît aussi la sous-espèce. Ainsi que l’écotype dans le cas des abeilles mellifères. Il faut donc imaginer la classification comme des boîtes rangées les unes à l’intérieur des autres. Une version scientifique des poupées russes. Les entomologues utilisent un grand nombre de rangs taxonomiques pour classer les espèces décrites. Voici de plus large au plus réduit les rangs employés :
L'arborescent de la classification se décline à l'infini de façon à arriver à classer un individu in fine avec ses caractéristiques propres.
Règne
Embranchement
Classe
⌞Sous-classe
⌞Infra-classe
⌞Super-ordre
⌞Ordre
⌞Sous-ordre
⌞Infra-ordre
⌞Super-famille
⌞Famille
⌞Sous-famille
⌞Tribu
⌞Sous-tribu
⌞Genre
⌞Sous-genre
⌞Espèce
⌞Sous-espèce
⌞Ecotype
Nous allons donc présenter ces principaux étages de “boîtes”, afin d’obtenir une idée générale des différents insectes que l’on retrouve dans l’ordre des hyménoptères. Puis, nous ferons la présentation de certains groupes proches des abeilles mellifères. Nous profiterons de cette introduction pour présenter des groupes d’espèces qui concernent davantage les apiculteurs ou qui sont simplement intéressants d’un point de vue écologique.
Enfin, nous nous intéresserons à la diversité au sein de l’abeille mellifère.
Quelques représentants des hyménoptères, hors dela super-famille des Apoïdes
Nous aborderons les hyménoptères en nous basant sur une distinction alimentaire. D’un côté les membres de la super-famille des Apoïdes et de l’autre les autres hyménoptères. Ces derniers se procurent les nutriments azotés (protéines et acides aminés) dans des proies et des
restes d’animaux, c’est-à-dire des cadavres, voire même sur des excréments. Alors que les premiers, dépendent exclusivement des végétaux pour couvrir leurs besoins.
Nous allons d'abord nous intéresser à trois groupes d’insectes qui ne sont pas membres de la super-famille des Apoïdes : les fourmis, les guêpes et les frelons. Ces insectes sont très présents autour et parfois à l’intérieur des ruches. Il convient de les connaître et de comprendre les bases de leur biologie et de leur écologie. Cela peut-être utile pour mettre en place des actions de contrôle.
Fourmis
Les fourmis sont des insectes sociaux qui ont colonisé une grande diversité d’habitats. On les retrouve sous toutes les latitudes, sauf en Antarctique. Ces insectes présentent des écologies très diversifiées. La plus forte diversité se retrouve dans les régions tropicales et notamment les
forêts tropicales humides.
Les fourmis vivent en colonies de quelques dizaines à plusieurs centaines de milliers d’individus en fonction des espèces. Une colonie de fourmis est généralement fondée par une unique reine. Bien qu’il existe aussi des exceptions. Les nids sont construits dans le sol, mais on connaît aussi des espèces qui construisent leur nid dans les arbres. Et certaines qui vont même trouver un abri au sein de plantes spécialisées : les
plantes myrmécophytes. L’exemple le plus connu est celui de certaines espèces d’acacia dont les épines sont creuses et permettent ainsi aux fourmis d’établir leur colonie.
Les fourmis sont des insectes dont l’alimentation est généralement constituée par de petites proies. Les fourmis chassent seules ou en groupe. Elles tuent et rapportent les insectes dans leur nid. Quelques espèces se sont spécialisées à l’extrême. Ainsi les fourmis coupeuses de feuilles cultivent des champignons qu'elles vont nourrir avec des fragments de feuille qu’elles récoltent sur les arbustes et les arbres. Notons qu’il existe aussi des fourmis parasites qui vont s’installer au sein d’une autre colonie et vivre au dépend de cette dernière. Les fourmis légionnaires vont jusqu’à attaquer des fourmilières, tuer tous les adultes qui s’y trouvent et prendre possession de leurs larves. Ces dernières lorsqu’elles deviendront adultes se chargeront de nourrir les fourmis légionnaires incapables de s’alimenter seules.
Termitières en savane
Attention de ne pas confondre les termites et les fourmis. Les termites ne sont pas des hyménoptères. Crédit : Pixabay
Il s’agit là d’une présentation brève et large d’un groupe d’insectes particulièrement important d’un point de vue écologique. Notons que les fourmis peuvent intéresser les apiculteurs par plusieurs aspects. Généralement, les fourmis sont de simples commensaux des abeilles. Elles gênent la plupart des apiculteurs durant les ouvertures des ruches. Les fourmis peuvent en effet installer leur colonie entre le couvre-cadres et le toit de la ruche. Elles y profitent aussi de la chaleur dégagée par leur voisine “d’en dessous”.
Certains experts s’accordent à dire que les fourmis, lorsqu’une colonie d’abeilles est saine, sont utiles et ne doivent pas être éliminées. Il est aussi mention de la production et de la diffusion d’acide formique, qui contribuerait à débarrasser les abeilles des parasites et notamment du
varroa. Reste que généralement l’intervention de l’apiculteur est nécessaire pour lutter contre des agents pathogènes et autres parasites.
Au sein du rucher, les fourmis se retrouvent fréquemment au pied des ruches. Elles y récupèrent les déchets rejetés par les abeilles, ainsi que les cadavres de ces dernières. Les fourmis contribuent ainsi à garder les lieux dans un bon état de propreté sanitaire.
Guêpes et frelons
La plupart des guêpes se comportent comme des parasites d’autres insectes. Les adultes sont alors des insectes solitaires. Les femelles chassent divers insectes et pondent leurs œufs dans le corps de ces derniers. L’insecte peut être immobilisé au moyen du venin de la guêpe ou bien
simplement inoculé d’un œuf. Il peut être rapporté dans un nid ou non. La larve va éclore dans le corps de l’insecte parasité. Elle se nourrira à l’intérieur de celui-ci et provoquera sa mort. Certaines espèces de guêpes parasites sont utilisées en agriculture dans la lutte intégrée
contre les ravageurs des cultures.
D’autres espèces de guêpes et notamment celles qui posent le plus de nuisance aux personnes, partent à la recherche de divers produits carnés : insectes, cadavres, restes
alimentaires,... On les retrouve aussi à proximité des assiettes ou même sur la nourriture. Quelle que soit leur écologie, les adultes se nourrissent de liquides sucrés comme le nectar. Et beaucoup d’espèces dans leur recherche de nectar participent à la pollinisation des fleurs. Les
guêpes ont donc des actions diverses sur les écosystèmes. Les frelons sont des guêpes de grande taille qui appartiennent au genre Vespa. Le frelon européen est la plus grosse guêpe européenne, son nom scientifique est Vespa crabo. Il s’agit d’un prédateur des abeilles, mais les dégâts causés aux colonies sont généralement faibles. Comme toutes les guêpes et les frelons, les adultes sont principalement phytophages.
C’est-à-dire qu’ils s’alimentent de nectar de fleur et de suc récupérés sur les fruits. Par contre, leurs larves pour se développer et croître ont besoin d’une importante quantité de protéines. Les ouvrières de frelons doivent donc chasser ou devenir des charognards opportunistes pour assurer l’approvisionnement nécessaire aux larves. Un nid de frelon européen au plus fort de son développement à besoin de 500 grammes d’insectes par jour. Les frelons européens et les autres guêpes - solitaires ou non - contribuent donc à garder les populations d’insectes phytophages sous contrôle. La présence des frelons est même encouragée par des éleveurs en Allemagne. Ces insectes sont en effet capables de réduire
drastiquement les populations de taons et autres mouches qui posent des problèmes aux animaux d’élevage et en particulier aux chevaux et aux bovins.
Quelques représentants des hyménoptères de la super-famille des Apoïdes
Les membres de la super-famille des Apoïdes apiformes ont comme point commun de présenter un régime alimentaire phytophage. Ils ne s'alimen-tent que de pollen, de miellat et de nectar (et d’un produit dérivé, concentré comme le miel), aussi bien au stade larvaire qu’au stade adulte.
Cette spécialisation alimentaire est probablement liée à l’apparition et à la diversification des plantes à fleurs. Ces dernières seraient apparues sur terre il y a 130 millions d'années. Et les Apoïdes apiformes leur auraient emboîté le pas. Ainsi plantes à fleurs et Apoïdes apiformes ont évolué conjointement. Ces insectes sont - pour la plupart des végétaux produisant des fleurs - les pourvoyeurs de pollen. Les Apoïdes en butinant et en passant d’une fleur à une autre rendent la fécondation efficace et notamment la reproduction entre plantes distantes possible.
Le vent ne permet pas une aussi bonne pollinisation, où du moins demande à la plante de produire énormément de pollen.
Bien que ces insectes consomment une grande quantité de pollen, ils restent encore de très bons auxiliaires pour les plantes à fleurs. C’est-à-dire qu’il reste toujours suffisamment de pollen pour que la fécondation des plantes soit possible. La pilosité des insectes permet notamment
de transporter une grande quantité de pollen et de le conserver suffisamment longtemps pour le propager efficacement.
Bien entendu, d’autres insectes en dehors de la super-famille des Apoïdes entretiennent un mutualisme parfois étroit avec des plantes à fleurs. C’est par exemple le cas de certains scarabées comme les cétoines ou encore de nombreux papillons. Les membres de la super-famille des Apoïdes présentent des organisations sociales variées. La plupart sont des insectes solitaires, mais certains constituent des sociétés plus ou moins
organisées. Lorsque les groupes sont particulièrement socialisés, on assiste au partage du travail entre les membres. Mais aussi à l'émergence de castes dont certains individus sont sexués et d’autres ne le sont pas.
La super-famille des Apoïdes apiformes comprend plusieurs familles. L’une d’entre elles nous intéresse plus particulièrement. Il s’agit de la famille des Apidés qui comprend l’espèce Apis mellifera, l’abeille mellifère.
Famille des Apidés
Les Apidés constituent la famille qui comprend entre autre l’abeille mellifère. Mais aussi d’autres insectes qui nous sont familiers, comme les bourdons et les abeilles charpentières. Ou alors bien moins connus, mais tout à fait intéressants comme les mélipones.
Mélipones
Les mélipones sont des abeilles sans dard qui vivent en colonie de plusieurs centaines à milliers d’individus. On en connaît environ 500 espèces, toutes originaires des régions chaudes du continent américain, d’Afrique, d’Asie et d’Océanie. Elles sont parfois élevées dans des ruches. Mais souvent, le miel des mélipones fait l’objet d’une cueillette. Des essais d’élevage ont été réalisés à plusieurs reprises en Europe. Mais sans succès.
Les nids des mélipones sont construits par un mélange de cire, de terre et de fibres de bois. On les retrouve généralement dans des troncs d’arbres creux. Parfois dans des cavités du sol.
L’organisation du nid est différente d’Apis mellifera, l’abeille mellifère. Des cellules contiennent le couvain, mais les rayons sont disposés à l’horizontal. Les mélipones du genre Melipona ne produisent pas de cellule royale. Alors que c’est le cas chez d’autres genres de Mélipones. Des
urnes de plus grand volume sont construites pour recevoir le pollen et une sorte de miel. Ce miel est localement très apprécié et on lui accorde souvent des vertus médicinales.
Chez les mélipones, l’essaimage n’implique pas le départ immédiat d’une femelle fertile et d’une partie de l’essaim, comme c’est le cas chez les abeilles mellifères. Des individus de la colonie mère vont d’abord chercher un endroit approprié, puis débuter la construction du nid. C’est par la suite qu’une reine rejoint la nouvelle colonie préétablie.
Mais si les mélipones sont sans dard, cela ne signifie pas pour autant qu’elles sont sans défense. De nombreuses espèces de mélipones sont connues pour infliger des morsures douloureuses. Cela n’empêche pas que ces insectes fassent l’objet de cueillette de miel ou bien d’élevage. Et l’on retrouve souvent les ruches placées contre les habitations.
La méliponiculture est développée au Mexique, mais se retrouvent aussi au Brésil, en Guyane Française et sur l’île de Cuba. Les mélipones produisent moins de miel que Apis mellifera. Et dans certaines régions la méliponiculture a reculé. L’élevage connaît localement un regain d’intérêt comme au Yucatan (Mexique) et dans certaines régions du Brésil.
Les Bourdons
Les bourdons sont pour la plupart des insectes sociaux. Une colonie de bourdons arrivée à son plein développement comporte plusieurs dizaines ou centaines d’individus tout au plus. Les colonies restent de taille très réduite en comparaison avec celles des abeilles mellifères.
Le centre de diversité du genre Bombus se situe dans les régions tempérées de l’Hémisphère nord. Mais l’on rencontre des bourdons pratiquement dans toutes les régions du monde. Certaines espèces sont présentes au nord du cercle polaire arctique. Les bourdons - avec leur capacité à élever la température de leur organisme - sont capables de voler dès 5 °C. On les observe butiner durant certaines journées d’hiver, alors que les abeilles sont dans les ruches. Les bourdons sont souvent plus gros que les abeilles. La plus grosse espèce (Bombus dahlbomii) est originaire du Chili et d’Argentine. La reine de cette espèce mesure jusqu’à 4 centimètres et ce bourdon est communément nommé souris volante.
Certaines espèces se comportent comme parasites d’autres colonies de bourdons. Dans ce cas, la femelle vient pondre dans le nid d’une autre espèce de bourdon et laisse l’élevage de ses larves à la colonie hôte. Contrairement à une reine abeille mellifère, la reine bourdon fonde seule sa colonie. Elle doit alors s’occuper de trouver un abri, construire son nid, récolter du nectar et du pollen et s’occuper du tout premier couvain. Ce n’est qu’après la naissance des premières ouvrières, que la reine pourra se concentrer sur la ponte et l’élevage des larves. Elle “déléguera” les autres
tâches aux ouvrières. Dès lors elle ne quittera plus le nid. Les colonies de bourdons durent une seule saison. A l’automne, les jeunes reines fécondées vont quitter le nid et chercher un abri pour passer l’hiver. Les reines des espèces qui vivent dans les régions tempérées recherchent des abris situés dans des endroits secs, mais qui restent frais. Généralement ces abris sont exposés au nord. En fonction des espèces, le réveil peut se faire dès le mois de mars. Mais aussi plus tard comme en mai ou en juin. Cela est fonction du climat, de l’espèce de bourdon, mais aussi des périodes de floraison.
Les bourdons sont des insectes pollinisateurs particulièrement efficaces. Ils sont appréciés des cultivateurs de tomates en particulier. En effet, les ouvrières sont fidèles à une même zone de butinage et à une même espèce de plantes. Comme nous l’avons vu, elles sont aussi capables de voler à de plus basses températures que les abeilles mellifères. Les butineuses ont la particularité de faire vibrer les fleurs qu’elles visitent, augmentant
l'efficacité de la pollinisation et la production de fruits. L’espèce Bombus terrestris est un insecte employé en arboriculture et en maraîchage.
Il existe des élevages de bourdons et ces insectes font l’objet d’un commerce international. On trouve dans le commerce des ruches avec ou sans reine, pour polliniser les cultures sous serre, mais aussi les jardins potagers des particuliers.
L’introduction de bourdons européens dans de nombreuses régions du monde est responsable du déclin d’espèces endémiques. Ces bourdons étrangers entrent en compétition avec les espèces autochtones pour butiner les plantes. Mais ils sont aussi responsables de l’introduction de parasites et d’agents pathogènes mortels.
Abeilles du genre Apis
Ces abeilles sont toutes des insectes qui présentent une socialisation poussée, avec l’existence de castes (individus sexués et individus non sexués), mais aussi une répartition du travail entre les membres de la colonie. Le genre Apis comprend sept espèces :
● Apis andreniformis
● Apis florea
● Apis dorsata
● Apis cerana
● Apis koschevnikovi
● Apis nigrocincta
● Apis mellifera
Le centre de diversité, c’est-à-dire la zone géographique où l’on retrouve le plus grand nombre d’espèces, est situé sur l’Asie du Sud-Est.
Plusieurs espèces sont domestiquées ou font l’objet de collectes de miel sur les colonies sauvages. On parle alors de cueillette. C’est notamment le cas pour l’abeille géante, Apis dorsata, connue sous le nom d’abeille géante qui construit souvent des nids sur les falaises. Bien entendu, c’est Apis mellifera qui est l’unique espèce employée en apiculture en Europe, en Afrique et en d’autres régions du Moyen-Orient. Notons toutefois que Apis cerana est aussi domestiqué dans quelques régions d’Asie, mais que son emploi tend à diminuer face à Apis mellifera qui devient cosmopolite.
Il convient de rappeler le rôle de l’Homme qui exploite depuis des millénaires et domestique depuis quelques siècles l’abeille mellifère. L’usage principale - mais non exclusif - est l’extraction du miel. Pour cela l’Homme chercha d’abord à faciliter l’installation d’essaim errants dans des ruches de paille, en terre cuite ou creusée dans un tronc d’arbre. Il utilisera par la suite des ruches à cadres mobiles pour faciliter son travail et pérenniser les colonies qui étaient jusqu’alors détruites durant la récolte : l’étouffage des abeilles. Cette relation entre les êtres humains et les abeilles va aboutir à une sélection de ces dernières. La première sélection est directe puisque l’Homme va conserver - lorsque les techniques ne conduisent pas à la destruction de l’essaim - les lignées le plus productives et les moins agressives. Ainsi, certaines abeilles domestiquées vont fixer certains caractères. La seconde pression de sélection est indirecte, car l’Homme en modifiant la végétation (grandes cultures, déboisement, urbanisation,...), va modifier l’habitat de l’abeille. Et seules les lignées les mieux adaptées survivront à ces écosystèmes perturbés.
Abeille mellifère
L’abeille mellifère - connue des entomologues sous le nom d’Apis mellifera - a été décrite par Linné, le père de la classification du vivant, que nous utilisons encore de nos jours. Les abeilles mellifères sont parfois nommées en français “abeilles domestiques” ou “abeilles à miel”. En
anglais, on parle de “bees” ou de “honey bees”.
Cette espèce d'insectes vit en colonie de plusieurs milliers à dizaines de milliers d’individus. Trois castes cohabitent ; mâles, ouvrières et généralement une seule reine. Contrairement à la plupart des hyménoptères, les abeilles mellifères ne peuvent pas constituer une colonie à partir
d’une unique femelle fondatrice. Les colonies se multiplient naturellement par essaimage. Les abeilles domestiques sont originaires de nombreuses régions d’Europe, d’Afrique et d’Asie occidentale. L’Homme les a également introduits dans des zones où elles étaient absentes.
Ainsi on retrouve Apis mellifera en Asie orientale, en Océanie et sur le continent américain. Pour l'anecdote, Apis mellifera mellifera, la sous-espèce nommée abeille noire a même été introduite dans le sud du Groënland, pour des raisons de développement de l’agriculture. Mais
aussi pour conserver des lignées d’abeilles noires. L’abeille domestique a pu s’acclimater sous différents climats et avec des végétations très
diverses. On retrouve cette espèce depuis les forêts tropicales d’Afrique, jusqu’aux forêts de feuillus de Scandinavie, en passant par les régions arides bordant le Sahara, les îles de Méditerranée ou les régions alpines d’Europe et d’Asie occidentale.
Cette colonisation d’un aussi grand territoire s’est accompagnée par l’apparition d’adaptations régionales. Et les scientifiques ont décrit de nombreuses sous-espèces de l’abeille mellifère, allant jusqu’à parler d’écotypes au sein d’une même sous-espèce. La littérature fait souvent écho de 25 sous-espèces d’Apis mellifera placées au sein de 5 lignées. Certaines sources affichent 28 sous-espèces. Il n’est pas exclu que ce nombre vienne à changer par une baisse ou par une hausse du nombre des sous-espèces. Les avis entre les experts ne sont pas consensuels et il est encore possible d’identifier une sous-espèce dans une région reculée et non explorée par des experts en apidologie. Voici les principales sous-espèces que l’on rencontre en apiculture, ou qui ont une importance particulière pour l’apiculteur, le sélectionneur ou le curieux :
Une diversité très importante se traduit aussi au sein d’une même sous-espèce ou d’un même écotype. Cette richesse génétique permet l’adaptation des insectes à un environnement changeant. Les abeilles durant plus de deux millions d’années ont connu d’importants changements climatiques - glaciations notamment - et par extension de végétation. Sans une certaine “plasticité”, elles n’auraient pu survivre. Toutefois, cette diversité est souvent malmenée par les activités humaines et par l’introduction de parasites et de prédateurs. L’introduction du Varroa à la fin du 20ème siècle et du frelon asiatique en 2004, sont des problèmes conséquents.
Cette richesse doit être préservée, car c’est aussi une chance pour l’Homme. Car la mise en place d’un travail de sélection et la création d'hybrides ou de races sélectionnées permettent de rentabiliser davantage une apiculture professionnelle. Mais ce travail d’hybridation repose sur la survie et l’utilisation de souches pures. Certains apiculteurs effectuent un travail de conservation en maintenant des sous-espèces ou des écotypes les plus pures possibles. Des conservatoires d’abeilles sont présents dans plusieurs pays. Mais cette pureté est assortie d’une diversité génétique au sein de la population maintenue.
En France, l’un des plus connus est le conservatoire de l’île d'Ouessant. Les abeilles de la sous-espèces Apis mellifera mellifera sont gardées sur cette île à l’abri des pollutions génétiques, c’est-à-dire du croisement avec d’autres sous-espèces ou races d’abeilles. L’abeille noire de corse est aussi protégée par un arrêté préfectoral qui interdit l’introduction d’autres abeilles - reines ou essaims - en provenance du continent. L’identification d’une sous-espèce est parfois une entreprise complexe. Bien que certaines sous-espèces présentent des caractères bien spécifiques - notamment la couleur de leur abdomen - il faut avoir recours à une observation sous loupe binoculaire.
L’observateur va donc procéder à des mesures types morphométriques/biométriques. Celle qui est la plus connue est l’indice cubital. Il est calculé en mesurant sur l’aile antérieure d’une abeille la longueur de deux nervures précises. L’indice cubital est le rapport entre ces deux nervures.
D’autres mesures donnent aussi des informations sur l’identité de l’abeille : la largeur de la tête, la longueur de la “langue” (le proboscis), la longueur et la coloration de l’abdomen et du thorax, la pilosité, l’épaisseur des tergines de l’abdomen, la longueur et la largeur de l’aile antérieure,...
Comme nous l’avons évoqué précédemment, les travaux en biologie moléculaire permettent aussi d’identifier les sous-espèces d’abeilles. Mais aussi de retracer l’évolution des différentes lignées. Car bien entendu, la colonisation des diverses régions par les abeilles mellifères s’est déroulée sur une longue période et par étape. Il existe un “point de départ” que l’on nomme centre de dispersion. Puis plusieurs axes de diffusion, des “routes” empruntées par les abeilles pour coloniser de nouveaux territoires.
Actuellement, l’hypothèse retenue est que Apis mellifera serait apparue au Moyen-Orient, probablement au nord du Golfe Persique. Et que la radiation des différentes lignées se serait produite il y a plus de 2 millions d’années. Des épisodes de refroidissement climatiques (les glaciations) et la présence de massif montagneux et des mers difficilement franchissables ont conduit à l’isolement des lignées et à l’apparition des sous-espèces.
Les sous-espèces ne sont pas un ensemble d’individus cloisonnés et totalement isolés des sous-espèces voisines. Il existe des métissages et donc des échanges de gènes entre les sous-espèces voisines, de même qu’entre les populations au sein de la sous-espèce. C’est par exemple le cas chez l’abeille noire (Apis mellifera mellifera) et l’abeille italienne (Apis mellifera ligustica), qui s’hybrident sur les régions frontalières de leurs aires de répartition. Mais aussi au sein de chaque sous-espèce, où il existe une certaine hétérogénéité.
L’Homme par l’introduction de différentes sous-espèces et hybrides dans une même région, accélère ce processus de migration naturelle au point de menacer l’intégrité de certaines populations locales. Car toutes les sous-espèces d’abeilles mellifères peuvent se métisser. Par exemple, en Provence il est difficile d’observer des abeilles dont le profil est celui de l’abeille noire écotype provençal. On retrouve sur un même arbuste en fleur, des abeilles carnioliennes, des italiennes, des caucasiennes, mais aussi des phénotypes intermédiaires.
Il est difficile de choisir un camp au sein de la communauté apicole. Doit-on élever des abeilles de la sous-espèce locale ? Est-il préférable d’avoir recours à des abeilles exotiques ou des races issues d’hybridations ? La réponse va dépendre du type d’apiculture. Un amateur et un professionnel ne feront probablement pas le même choix. Un débutant ou un apiculteur expérimenté non plus. La question du réchauffement climatique est aussi posée. Doit-on introduire des lignées originaires d’autres régions et capables de survivre et être productives sous un climat plus chaud ?
Un sélectionneur célèbre dans le monde apicole, Frère Adam (1898-1996), travailla durant le 20ème siècle à l’étude et à la sélection des abeilles. Ses voyages et son travail d’apiculteur à l’abbaye de Buckfast (Angleterre) l’ont mené à évaluer les différentes sous-espèces d’abeilles mellifères face aux problématiques de son époque. Car l’Angleterre - tout comme de nombreuses régions du monde - fut touchée au début du 20ème siècle par une épidémie d'acariose qui ravagea la plupart des ruchers. Cette maladie causée par l’acarien des trachées, toucha durement l’abeille noire locale. Et il était alors nécessaire de se tourner vers d’autres abeilles pour repeupler les ruchers anglais.
Les caractères examinés par Frère Adam étaient : ardeur à butiner, sens de l’orientation, irrégularité des rayons du nid, utilisation de propolis, tenue sur le cadre durant les manipulation, douceur de caractère, ardeur à construire des rayons, odorat, résistance aux intempéries, puissance du vol, longévité, lenteur à l’essaimage, comportement des abeilles face aux maladies, résistance du couvain à la maladie.
Sur les précédents caractères étudiés, Frère Adam attribuait à chaque sous-espèce une note entre -6 et +6. En dessinant des diagrammes et en plaçant les points face à chaque caractère, il est possible de visualiser et de comparer les qualités de différentes sous-espèces ou lignées
d’abeilles.
Ainsi, chaque sous-espèce présente d’un point de vue de l’apiculteur professionnel des qualités et des défauts en lien direct avec la performance et la production. Ainsi le travail de Frère Adam consista à rechercher des qualités chez différentes sous-espèces d'abeilles et par l’hybridation,
puis sélection, de créer des lignées supérieures aux autres pour la production de miel. Son travail de sélection d’une abeille résistante à l’acariose aboutira à créer une race bien connue qui est l’abeille “Buckfast”. Ce travail de sélection se poursuit de nos jours afin de répondre au
contexte actuel de l’apiculture. Bien entendu, les qualités et les défauts jugés par l’apiculteur et le sélectionneur n’en sont pas dans l’environnement naturel. Car c’est dans ce dernier que les abeilles ont évolué. Ainsi le caractère défensif d’une abeille est une qualité dans un milieu hostile où le nombre des prédateurs est important. Cette “agressivité” est nécessaire à la survie de ces insectes.