LA RUCHE

La première ruche naturelle est la cavité au sein d'un arbre creux ou d'une paroi  rocheuse / mur. C'est l'essaim sauvage qui squatte un lieu permettant à l'essaim de vivre sans être trop exposé aux intempéries, pluies, fortes chaleurs, vents etc..

 

Dans sa démarche de domestiquer l'essaim sauvage l'homme et son ingénierie naturelle à transposer ces habitats naturels dans un contenant qui fut nommer ruche.  (Hive en anglais ).

 

Portions de troncs d'arbre creux,  cloche en paillis tressés, puis "boite" en bois, la ruche a traversé les âges pour se décliner aujourd'hui en plusieurs types et formats.

La créativité humaine à alors décliner différents principes de ruches selon les objectifs recherchés ou les conditions environnementales considérées . Environnement froids, / chauds,  Standardisation des éléments ou pas,  manipulations facilités,  répondant aux problèmes de la logistique liées aux transhumances visant la succession des miellées sur de grandes distances, 

 

On peut citer les ruches Voirnot, Langstroth, Warré, Dadant, kenyane,  et bien d'autres formulations tendant à répondre à des objectifs spécifiques  par exemple de récoltes et / ou d'extraction du miel depuis une apiculture d"'amateurs" à celle professionnelle voir quasi industrielle..

Réalisée majoritairement en bois de pin , pin Douglas, mélèze ou épicéa elle peut être aujourd'hui en PVC ou Polystyrène 

La ruche la plus largement répandue est la ruche  dite Dadant, créé par le Frère Adam de l'abbaye de Buckfast. elle se décline ne 10 ou 12 cadres pour le corps de la ruche avec des hausses de 8, 9 ou 10 cadres.

 

La ruche Dadant - 10 Cadres  la plus répandue.

Son principe un socle aéré ou non sur lequel sera posé une caisse en bois de 310 mm de hauteur et de dimension 430 x 500 mm pour une ruche Dadant 10 cadres. et d'une épaisseur de 24 mm. Cette "caisse" appelée corps de la ruche sera la zone vie de l'essaim comportera 10 cadre de bois positionnés sur une crémaillère pour des cadres droits ou sur un épaulement pour des cadres dit Hoffman,  les deux systèmes créant un intervalle entre chaque cadre suspendu permettant la construction de cellules en cire qui recevront soit les pontes de la reine, permettront le développement des larves, le stockage du pollen, du nectar ou du pain d'abeilles. Ce corps de ruche est chapeauté par une couvre cadre plus ou moins épais si ce dernier sert de  nourrisseur ( réservoir de sirop ou  accueil de poche de Cani ) Le tout est recouverte par un couvercle en tôle galvanisé ( pour l'étanchéité à la pluie) ou un toit à deux pans de type  "chalet". La ruche ainsi composée peut être posée sur un support, un piètement métallique ou des pieds en bois maintenant la ruche hors sol. Pour récolter le miel l'apiculteur équipera la ruche de hausse, soit une autre caisse de 170 x 500 mm et toujours en 24 mm d'épaisseur qui accueillera les cadres de hausse comportant des cires alvéolées permettant aux abeilles de construire des cellules pour stocker leurs réserves de miel. Selon l'importance de la miellée et la force de la colonie il peut être ajouté une, deux , trois hausses en fait autant que de nécessaire pour contenir la miellée visée. Les hausses sont posées sur le corps de ruche et seront alors recouvertes par le couvre cadre et le toit de la ruche.

L'assemblage des parois formant le corps de la ruche ou des hausses peut être réalisé selon trois principes de menuiserie:

  • Assemblage par Tenons
  • Assemblage par queues d'arrondes
  • Assemblage mi-bois

 

Par expérience je me permettrais d'orienter votre choix vers l'assemble en mi-bois pour les raisons suivantes.

L'assemblage par tenons droits ou tenons à queues d'arronde multiplie les sources d'infiltration d'eau, les tenons en bois de bout étant plus en capacité d'absorber l'humidité ( Pluie / Neige)  tels une éponge et le bois imbibé d'eau réagit alors aux gels qui par gonflement provoquent des fissures plus ou moins profondes de votre panneau de corps de ruche exposé aux températures négatives hivernales. Ce risque n'est pas nul et peut provoquer alors que votre intérieur de corps de ruche soit soumis à des infiltrations d'air froid préjudiciables à la colonie et son couvain.

Avec un assemblage à mi bois la face externe de l'assemblage protège le joint et diminue les amorces de rupture ou d'éclatement..

CF la photo ci-contre d'un corps de ruche monté avec un assemblage à queue d'arronde qui s'est fendu suite à l'action du gel, la fente prenant naissance au pied de la queue d'arronde.

 

 

 

Un peu de géographie et de météorologie ne nuit pas à la réflexion.

La France se situe à l'extrémité  d'un immense continent terrestre et fait face à majoritairement  à l'océan atlantique en plus de ses bordures humides sud  (Méditerranée) et nord ( Manche et mer du nord).  Positionnée à en moyenne 45° de latitude nord cette position dans l'hémisphère nord soumet notre pays à la convergence entre les dorsales (Centre de haute pression) de l'anticyclone des Açores   dont le siège est le 30° de latitude nord et les thalwegs de la dépression d' Islande dont le siège est le 60° de latitude nord. cela provoque une convergence conflictuelle de l'air tropical maritime à caractère chaud et humide  qui est orienté vers le nord par la rotation des vents autour de l'anticyclone des Açores avec les courants d'air froids et humides de l'air polaire maritime  poussés vers le sud par la rotation des vents  autour de la dépression d' Islande résultat de la circulation aérienne générale des masses d'air d'air dans l'hémisphère nord d'où résulte la loi de Buys Ballot.

Ce conflit ainsi installé en permanence génère ce que l'on appelle le front polaire, zone de contact  entre ces deux masses d'aire au caractère bien spécifique qui du fait de la rotation de la terre et influencé par la trajectoire du Gulf Stream, véritable diagonale de courant marin chaud du sud-ouest vers le nord est provoque une ondulation  (plissement) du front polaire  qui se déplace d'ouest en est. Toutes les perturbations météorologiques qui balayent la France trouvent leur genèse dans cette convergence et zone conflictuelle située au large sur l' océan atlantique.

 

Bien que le réchauffement climatique bien prononcé hélas à présent vient quelque peu perturber la circulation cyclonique générale il reste quand même une dominance que les perturbations générées par le front polaire balayent la France d'ouest en est. Une perturbation s'est d'abord un secteur de masse d'air chaud soulevée par un secteur d'air plus froid ce qui génère un front dit "chaud" avec un vent sud-est à sud avant le front suivi d'un intervalle de masse d'air plus frais avec une alimentation de vent sud ouest à ouest avant le passage du front dit "froid" qui est lié au soulèvement de l'air frais  de cet intervalle par de l'air plus froid alimenté par des vents de nord-ouest..

Les perturbations naissent en Atlantique sur un conflit  permanent de masse d'air ( Chaude / froide) , se déplacent dans une ondulation qui peut parfois être de grande amplitude, puis meurent (c'est la frontolyse) en gros sur le Benelux. Si cela est le scénario dominant, d'autres alimentations peuvent alors intervenir pour le modifier ou l'influencer  de façon notable comme les alimentations sub saharienne d'air chaud à travers l' Espagne ou la Méditerranée jouant l'effet queue de billard sur le système tourbillonnaire de la depression atlantique ou les descentes de goutte froide en provenance directe du pôle nord et de l'air artic . L'ensemble de cette complexité subissant aussi l'effet des saisons lié à l'inclinaison de la terre et de son périple annuel autour du soleil.

 

Une fois ce mécanisme  immuable des fluides bien assimilé et compris on retiendra donc en général et en résumé que les pluies  arrivent en France  majoritairement par l'ouest / sud ouest de façon "mécanique."  La côte sud du pays  est soumis à d'autres phénomènes liées au réchauffement de la méditerranée et  à sa plus forte évaporation qui alimentent alors des effets dit Cévenol ou méditerranéen assez conséquents avec des pluies très  marquées provenant du  sud. Il serait bon de veiller alors à ne pas orienter les entrées de ruche face au sud pour cette raison. dans les régions méditerranéennes. 

 

Maintenant il n'est pas à négliger l'aspect des micro-météorologies liées à votre environnement proche de plaine ou de petite montagne, de vallée, orientation synclinale, étagement en plateau,  barre de relief, de l'état de surface des sols ( forêts, pâturages, cultures céréalières de grande surface, réseau hydrologique,  zones humides  etc). Vous savez dans votre secteur respectif d'où viennent les vents dominants, les pluies, les orages, et quand cela se produit  avec entre autres les hydrométéores que  sont les brouillards de rayonnement ou de convection, vents locaux, ( bise, Tramontane, Mistral, Autan, vent  de Noroît. etc..)

 

Positionner ses ruches au sein de son rucher doit se faire après une bonne appréciation de tout cela et pour en revenir à notre sujet la ruche, opter pour l'assemblage qui évite de soumettre le joint d'assemblage au côté exposé aux pluies dominantes une fois votre ruche orientée.

 

LES SOLUTIONS ?

Suite à cette déconvenue constatée car mon rucher en petite montagne à 500m d'altitude dans le Doubs est soumis régulièrement en période hivernale à de fortes gelées  (-8° -15 °) j' ai observé que les corps de ruches assemblés par tenons droits ou tenons à queues d'arrondes  dont le côté est exposé  à l'ouest  et donc à la pluie ont présenté des fissures importantes partant  du tenon ou de la queue d'arronde et parcourant tout le coté  du corps de la ruche.  ( Voir photos ci-avant.). Un tenon sur deux est en bois dit "de bout"  qui offre une surface à aspect "d'éponge" et est source d'imbibation du bois aux eaux de ruissellement. Le bois boit l'eau par ces surfaces . Le  gel fait gonfler l'eau  au niveau de l'assemblage du tenon et agit comme un coin  provoquant la fente du bois.

Les ruches à assemblages  mi-bois  n'ont jamais présenté cet inconvénient obligeant à colmater la fissure  pendant la période hivernale et changer le corps de ruche au printemps quand la  température le permet.

 

Sur  les schémas ci-dessous on peut  mieux appréhender la problématique à l'origine de ces inconvénients. La solution de l'option B à droite présente une modification améliorant la situation en rendant le côté exposé à la  pluie dominante "étanche" aux infiltrations,  les joints étant en face "Sud"  ou  "Nord" moins exposés aux averses dans mon environnement.

 On ne trouve pas  dans les commerces d'apiculture  des ruches présentant un assemblage à mi-bois tel que présenté dans l'option de  droite; C'est dommage.

Cette  configuration n'est possible que si l'on est équipé de machines à bois pour réaliser les feuillures à mi bois selon cette disposition mais  en l'ayant appliqué je ne rencontre plus jamais de problème de fissures ou d'éclatement de paroi liés au gel sur des joints d'assemblage humides.

Encore une fois c'est l'appréciation de l'environnement de votre rucher et sa position par rapport aux secteurs de vents et pluies dominantes qui vous incitera à reconsidérer le type d'assemblage qui serait le plus compatible.

La solution resterait dans le cas où l'on ne dispose que de corps de ruche assemblés par des tenons droits ou à queue d'arronde c'est de couvrir chaque angle par une cornière colée couvrant les tenons la jonction supérieure de la cornière étant rendue étanche par un bourrelet de résine fait avec un pistolet à colle.  Comme préconisé sur le schéma ci dessous.

Bien sûr la ruche "tout plastique" élimine cette problématique étant plus étanche par définition, seule l'orientation de l'ouverture de la ruche sera à considérer en fonction des éléments de l'entourage de votre rucher et votre position géographique avec ses particularités de micro météorologie encore faut-il accepter le principe du PVC qui n'est pas un matériaux 100% naturel mais issus de transformations de ressources naturelles qui impactent  négativement notre environnement pour de très longues années.

Peindre ou ne pas peindre ses ruches ?

Là est la question surtout si l'on considère les essences de bois en présence ( Mélèze, douglas, épicéa)  ou ne se pose pas si ruche  en PVC type Nickoplast .

Les huiles de lin donnant une couleur naturelle au ruche séduit nombre d'apiculteur et démontrent à l'usage depuis longtemps leur efficacité et bonne tenue dans le temps.

Les huiles de lin à pigmentation d'aluminium participent à la réflexion solaire et évite une surchauffe des parois exposé en plein soleil. (Style Thermopeint) . Il existe des lasures végétales non toxiques qui sont efficaces également et respectueuses de l'environnement.

 

Les peintures  à base d'huile végétales complètement atoxiques pour les abeilles permettent de nombreux coloris pouvant rendre votre rucher très "woke" mais la discrétion dans le paysage est moindre.

 

Il est dit que différencier ses ruches par différentes couleurs vives limiterait le phénomène de dérive des abeilles évitant ainsi que des abeilles de colonies malades contaminent des colonies saines. en dérivant ou en identifiant mal la ruche.  Les couleurs au rucher c'est surtout une satisfaction visuelle pour l'apiculteur. Outre la couleur les abeilles différencient les formes ; on peut peindre les façades avec des formes géométriques ou des signes distinctifs  simples.

 

Enfin peindre ses ruches c'est protéger le bois contre les dégradations du temps des intempéries du soleil et permet une meilleures longévité de ses ruches. La saison hivernale reste propice pour repeindre et rafraichir les peintures des ruches, un temps clair froid et sec est propice à cette activité quand toutes les abeilles sont confinées à l'intérieur. Bien évidemment on sélectionnera des peintures, lasures ou huiles de lin  non toxiques pour les abeilles ou sans émanations toxiques.